Entre amis

La naissance de Poussinet (2/2)

20190911_113815La dernière fois, je vous racontais l’accouchement magique que j’ai vécu, il y a un peu plus de 4 mois. Malheureusement, la suite n’a pas été aussi douce….


J’ai arrêté mon récit au moment de la découverte de notre petit garçon, qui n’avait donc pas encore de prénom. Nous avons fini par nous décider au moment où l’équipe de jour a pris le relais. Une infirmière très enjouée est venue voir comment je me portais, m’a apporté un petit déjeuner et même parlé de me lever pour aller prendre une douche (ou plutôt devrais-je dire LA douche, celle qui est si délicieuse après tant d’efforts !!). C’est l’un des gros avantages du sans-péri, on est opérationnelle rapidement dans la foulée de la naissance !

Là où ça se complique

Seulement, lorsque je me redresse, je me mets à perdre énormément de sang. En voyant cela, l’infirmière préfère appeler une sage-femme pour qu’elle contrôle mes saignements. Celle-ci me confirme que je saigne beaucoup, plus que la moyenne. Je reste alors un peu en surveillance, mais les saignements continuent. On commence à me parler de révision utérine : j’en ai déjà eu une pour Poupette, mais j’avais la péridurale, donc l’acte avait été très rapidement effectué. Cette fois-ci, je le sais, je vais devoir passer par la case rachi-anesthésie. Je suis un peu dégoûtée de devoir être anesthésiée, mais bon, je sais que je n’ai pas le choix. Le plus important pour moi c’était surtout de sentir naître mon bébé. Bref, les anesthésistes arrivent et font leur petite affaire. J’ai quand même droit à un petit laïus à base de « c’est quand même dommage de ne pas avoir voulu la péridurale, parce que ça oblige à avoir une rachi, maintenant ». Bref, je laisse parler, je m’en moque, je suis hyper fière de moi.

La rachi fait effet, on me fait la révision utérine : l’acte en lui-même met longtemps parce que je continue de saigner abondamment. On fait venir une échographiste qui essaie de guider la sage-femme. Bref, pas cool tout ça….

Mais le pire est à venir : alors que la sage-femme fait le premier examen clinique de Poussinet, elle sort en nous disant qu’elle doit demander l’avis de la pédiatre du service. Sur le moment, on n’y prête pas trop attention, mais lorsque celle-ci arrive, elle nous sort cette phrase bizarre :

Je viens pour l’incertitude sur le sexe de votre enfant.

Pardon ? Elle examine alors notre bébé et nous explique qu’elle ne sent pas de testicules, ni dans les bourses, ni plus haut au niveau du pubis ou même de l’abdomen. Le fait qu’un voire les deux testicules ne soient pas encore descendus dans les bourses au moment de la naissance, ce n’est ni rare ni grave. Par contre, les cas comme Poussinet, où on ne sent aucun testicule même plus haut à l’examen clinique, sont bien plus rares et exigent la mise en place d’un protocole extrêmement lourd. En gros, on ne peut pas nous affirmer que notre enfant est bien un garçon, génétiquement parlant. Elle nous parle alors de caryotype, de dosage hormonal, d’échographie de contrôle, elle nous dit que notre enfant peut être en fait une « petite fille virilisée à l’extrême », qu’on peut continuer à l’appeler Poussinet pour l’instant, mais qu’on ne peut pas le déclarer officiellement, que sur son bracelet de naissance on inscrira « Bébé X ». Elle nous dit que selon les résultats, elle nous orientera vers les spécialistes qui se baseront sur le caryotype pour nous aider à choisir les options les plus adaptées à notre enfant, etc etc….

Le ciel nous tombe littéralement sur la tête….

Au bout d’un long moment alors qu’on est encore hébétés par cette annonce, on me remet mon bébé dans les bras et on me propose de le mettre au sein. On s’installe et tout d’un coup, je me sens complètement partir. Lorsque j’ouvre à nouveau les yeux, il y a une bonne dizaine personnes dans ma chambre : une obstétricienne est en train de me masser activement l’utérus, une infirmière me pose une deuxième perfusion tandis que les anesthésistes m’injectent un produit dans la première perf, une sage-femme vérifie mes saignements et une seconde infirmière ma tension. Évidemment, je me sens un peu perdue, tout va tellement vite, mais je n’ai même pas le temps de paniquer que  l’obstétricienne me rassure : elle me dit que c’est très impressionnant mais que c’est normal, que tout le monde sait ce qu’il a à faire et que je vais me sentir mieux très rapidement. Et en effet, le médoc des anesthésistes fait rapidement effet et ma tension (qui était tombée à 2 !) remonte en flèche.

L’équipe médicale décide alors de me faire passer un médicament qui induit de puissantes contractions utérines afin d’évacuer les derniers résidus de placenta : on repart pour 5 heures de traitement + 2 heures de surveillance en salle de naissance. De mon côté, je suis encore un peu dans les vapes et ne réalise pas bien ce qui vient de se passer. Quant à Mister F., il revient à mon chevet, encore tout secoué : l’équipe a été attentive à le tenir au courant, mais il vient de vivre la peur de sa vie, avec son tout-petit bébé dans les bras….

Cette journée reste complètement irréelle dans mes souvenirs. Je me souviens seulement que l’équipe est adorable, aux petits soins pour moi, pour Mister F. à qui on propose un petit déjeuner et un lit juste à côté de moi pour qu’il puisse se reposer un peu. Poussinet devient le chouchou du service : il est baladé en kangourou par la puéricultrice en chef. Bref, on passe la journée à essayer de se remettre doucement de toutes ces émotions.

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L’inquiétude

En fin de journée, après un dernier contrôle, on me propose enfin de monter en chambre. Je panique à l’idée de quitter la salle de naissance et cette équipe si réactive. Alors que je n’en avais pas éprouvé le besoin pour les aînées, je demande à Mister F. de rester avec moi pour cette première nuit : je ne veux pas me retrouver seule face à toutes ces angoisses concernant l’avenir de notre enfant.

Et qu’est-ce que j’ai bien fait ! Cette première nuit est horrible ! L’équipe, qui nous voit débarquer un peu avant minuit, est passablement ravie…. Alors que dans la salle de naissance on a bien insisté sur l’importance de laisser Poussinet en nursery pour cette première nuit, malgré mon projet d’allaitement, on nous oppose un non catégorique : il n’y a plus de place, et d’autres mamans en ont plus besoin que moi.

Je m’effondre, je me sens vidée, incapable d’y arriver. Mister F.me réconforte comme il peut, mais lui aussi se sent bien impuissant.

Pour couronner le tout, un tas de petits inconforts se rajoutent à cette situation déjà compliquée : à cause de mon diabète gestationnel sous insuline, Poussinet doit avoir des contrôles réguliers de sa glycémie, toutes les 4h ; et suite à la fissuration de la poche des eaux plus de 12h avant sa naissance, on doit également lui faire un électrocardiogramme toutes les 6h. Évidemment, les heures d’examens tombent en quinconce, ce qui fait que je passe pratiquement une nuit blanche : idéal pour se rétablir….!

Au matin, lorsque je me lève pour aller me débarbouiller, je vois un fantôme de moi-même dans le miroir : je ne me suis jamais vue aussi pâle, je porte mon épuisement sur mon visage. Je comprends mieux le regard inquiet avec lequel Mister F. me couve depuis hier….

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Heureusement, les choses s’arrangent. Nous comprenons au matin que l’équipe de nuit était en sous-effectif et composée uniquement de remplaçants, pas habitués à faire face à ce genre de situation. L’équipe de jour est bien plus à l’écoute et nous sommes à nouveau pris en main par des professionnels efficaces et attentifs à notre situation bien particulière.

La puéricultrice qui nous suit ne s’occupe que de très peu de bébés et est très disponible. Suite à une glycémie un peu basse, elle m’explique que l’on va donner un complément de lait à Poussinet pendant ses trois prochains repas. Avec mon projet d’allaitement, si important à mes yeux, je me bats comme une lionne pour éviter ça : elle me propose alors de lui donner le lait via une seringue pendant qu’il est au sein. J’insiste ensuite pour qu’elle m’apporte un tire-lait, afin de commencer la stimulation pour ma lactation le plus tôt et le plus efficacement possible. Et enfin, je reviens à la charge pour éviter les prochains compléments : devant les premières gouttes de lait que j’arrive à tirer et ma pugnacité, la puéricultrice va discuter avec la pédiatre du service, qui passe me voir. Elle me dit qu’on peut éviter les compléments si les prochaines glycémies de Poussinet sont dans les normes. Je me réjouis de cette première victoire et fais en sorte de nourrir mon petit très régulièrement pendant les heures qui suivent.

La pédiatre en profite pour nous reparler du protocole que nous devons faire subir à Poussinet. La première étape est une prise de sang pour pouvoir lancer l’établissement du caryotype : on me rend mon bébé épuisé, avec deux énormes pansements aux poings qui lui font comme des gants de boxeur. Malheureusement, nous n’allons pas pouvoir avoir de réponses rapidement : le caryotype peut mettre jusqu’à 10 jours, même si on lance une recherche rapide de la trace du gène Y qui devrait arriver plus tôt ; et il n’y a pas de créneau disponible pour une échographie avant le lendemain.

Je vis très mal cette attente : c’était important pour moi de commencer à avoir un début de réponse avant la rencontre entre Poussinet et ses soeurs. Je n’ose pas imaginer la situation éventuelle où il nous faudra expliquer à nos aînées que leur petit frère est en fait une petite soeur : j’ai l’impression de nager en plein cauchemar.

A cela s’ajoute les messages inquiets des copains qui nous savent partis à la maternité mais n’ont plus de nouvelles depuis 48h : comment leur annoncer une naissance quand on ne peut pas donner le prénom, quand on ne sait même pas mettre les mots pour décrire notre enfant ?

La rencontre avec les grandes soeurs est donc teintée de toute cette angoisse : j’ai du mal à être pleinement heureuse, à profiter de l’instant, j’ai tellement peur de l’avenir….

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Le lendemain, nous décrochons enfin un créneau pour l’échographie : au moment de quitter la chambre pour accompagner Poussinet à son examen, mes jambes me lâchent et je m’effondre. La puéricultrice me propose de la laisser y aller avec Mister F. pendant que je reste ici, à prendre une douche. Je lui suis tellement reconnaissante pour cette proposition : je ne me sens pas capable d’accompagner mon bébé, c’est au-dessus de mes forces.

Je m’occupe comme je peux en attendant leur retour : je tire mon lait, je prends une douche, …. Quand j’entends la porte s’ouvrir et que je vois Mister F. avec un sourire timide pousser le petit berceau de Poussinet, mon coeur manque un battement. Il me confirme rapidement que l’examen est positif : on ne peut pas encore être sûr à 100%, mais l’échographiste a trouvé la trace de deux tissus compatibles avec des testicules au niveau de l’abdomen.

Nous n’osons pas encore y croire et annoncer la naissance. La pédiatre du service repasse nous voir et me dit qu’elle a l’impression de sentir des grosseurs dans l’abdomen, que c’est très bon signe. Elle me dit que le résultat de la trace du gène Y devrait arriver le lendemain ou le jour suivant. Et surtout, elle me dit cette phrase :

On ne vous laissera pas partir sans que vous soyez pleinement rassurés.

Pour la suite, je vous fais la version courte : deux jours plus tard, au matin de notre sortie, on reçoit enfin les résultats de la recherche du gène Y. Notre enfant est bien un petit garçon, nous pouvons enfin souffler, commencer à annoncer la nouvelle de sa naissance plus largement et le déclarer officiellement. Rendez-vous dans un mois pour un contrôle endocrino avec les résultats du dosage hormonal, afin de savoir s’il est nécessaire de prévoir un suivi particulier pour Poussinet.

Juste avant notre départ, toute l’équipe passe dans notre chambre pour se réjouir avec nous de ce dénouement heureux : ça me touche beaucoup de voir leurs sourires et d’entendre leurs mots gentils. Nous avons été vraiment bien entourés pendant toute cette période difficile.

Une immense fatigue

Le retour à la maison est un soulagement : après toutes ces épreuves, ça me fait du bien de quitter la maternité, de laisser les médecins et les examens derrière nous. Pourtant une immense fatigue m’envahit. Il faut dire que j’ai perdu presque 2L de sang : je me sens vidée, mes jambes ont parfois du mal à me porter. Heureusement, je ne souffre d’aucune autre douleur post partum.

Je continue à mettre toutes les chances de mon côté pour l’allaitement en tirant mon lait 3 à 4 fois par jour en plus des tétées : je sais qu’il va me falloir tenir sur la durée à ce rythme soutenu si je veux avoir la chance de vivre un allaitement serein. Mais c’est évidemment épuisant, surtout les tirages de nuit.

Nous avons l’immense chance d’être entourés par nos parents qui se relaient pendant 15 jours pour s’occuper de nos aînées, de la logistique de la maison, des repas : je peux me concentrer sur moi, reprendre doucement des forces et pouponner mon tout-petit sereinement.

Le dénouement

Un mois plus tard, l’endocrinologue spécialiste des nourrissons me confirme que tout va bien pour mon bébé : son dosage hormonal étant parfaitement dans la norme, pas besoin de mettre en place un suivi particulier.

Le bonheur d’être tous réunis et de savoir notre enfant en bonne santé reprend le pas sur les angoisses et les inquiétudes de ses premiers jours de vie, mais je paie encore un moment la fatigue émotionnelle de ces montagnes russes. Et quand je vois les larmes qui me viennent si facilement au moment où j’écris ces lignes, je me dis que cette naissance n’est encore pas tout à fait digérée, de mon côté.

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Un grand merci

Je ne me vois pas finir cet article fleuve sans remercier tous ceux qui nous ont aidé à traverser cette épreuve. Ça peut paraître ridicule, car bien peu liront ces lignes, mais j’ai besoin de mettre des mots sur ce sentiment de reconnaissance qui m’habite.

En premier lieu l’équipe médicale de la maternité, et tout particulièrement ma super sage-femme qui m’a permis d’avoir l’accouchement de mes rêves et a eu ces mots si beaux pour décrire notre couple. Les puéricultrices, celle de la salle de naissance et celle qui nous a accompagné pendant notre séjour, qui ont donné tellement de tendresse à notre petit bout. Ma sage-femme des suites de couches, si pétulante et au discours tellement franc. Et la pédiatre qui venait plusieurs fois par jour pour nous rassurer et écouter nos angoisses, répondre à nos questions.

Merci aussi à tous ceux qui nous ont donné cette chance immense de pouvoir nous concentrer sur notre tout-petit en prenant en charge nos filles aînées. Nos parents qui, comme toujours, ont été au rendez-vous, leur permettant de transformer ces 15 jours en des mini-vacances improvisées et festives. La petite soeur de Mister F. qui est venue au pied levé à la maison, en pleine nuit, au milieu d’une soirée visiblement arrosée, pour veiller sur le sommeil de ses nièces. Les parents de la crèche, celui qui est venu garder nos filles la première soirée, celle qui nous a conduit à la maternité en voiture, celles qui sont venues aux nouvelles, avec pudeur et bienveillance, sans se faire intrusives, celles qui m’attendaient avec impatience et émotion après m’avoir laissé le temps de me remettre doucement.

Et évidemment Mister F., mon pilier, mon bras droit : on forme une super équipe, tous les deux.


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Quelle naissance épique, pour notre Poussinet ! Et vous, vous avez connu de grandes surprises de ce genre, à la naissance ? Des premiers jours compliqués, douloureux ?