Citoyenne atterrée

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Crédit Photo : Reynermedia

L’autre soir, au détour d’un apéro entre amis, la conversation a dangereusement dérivé vers un sujet polémique : l’organisation du monde du travail.

Bien naïve que j’étais, j’ai soudainement réalisé que l’état d’esprit « chacun pour soi et que le plus fort gagne » avait essaimé ses idées jusque dans la tête de personnes proches de moi.

Une fois le choc passé, j’ai essayé d’avaler cette amère pilule et de me questionner : d’où ça vient, cet argument qu’il n’y a pas d’autre solution pour sauver notre société en péril que de réduire encore et toujours les charges des patrons, de précariser les emplois et d’attendre des gens une plus grande adaptabilité dans des conditions de vie dégradées ?

J’avais commencé à aborder cette thématique par le prisme de la place des femmes au travail. Mais aujourd’hui, laissons de côté les questions de genre (une fois n’est pas coutume, t’inquiète, chère amie féministe !) pour s’attaquer au reste : quel monde du travail souhaitons-nous ?

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Crédit Photo : Susan

Ces dernières années, le discours sur l’économie est extrêmement orienté. On ne parle que rigueur, libre-échange, économie de marché. Comme si l’organisation de l’économie mondiale, et par conséquent, du monde du travail au sein de chaque pays, ne pouvait prendre qu’une seule et unique forme : celle d’une organisation néolibérale aussi inéluctable que violente. Ce discours s’est encore durci depuis la grande crise économique de 2008, et continue à progresser.

L’effet est très insidieux : à force de toujours entendre les experts officiels ne défendre que cette seule et unique option d’un monde capitaliste toujours plus agressif, l’opinion publique tend à penser qu’il n’y aucune alternative possible.

Dès les années 90, Ignacio Ramonet nous mettait en garde :

Dans les démocraties actuelles, de plus en plus de citoyens libres se sentent englués, poissés par une sorte de visqueuse doctrine qui, insensiblement, enveloppe tout raisonnement rebelle, l’inhibe, le trouble, le paralyse et finit par l’étouffer. Cette doctrine, c’est la pensée unique, la seule autorisée par une invisible et omniprésente police de l’opinion.

La pensée unique, Le Monde Diplomatique, janvier 1995

Rares sont les voix dissidentes qui s’élèvent contre ce dogme de la pensée unique, qui a même été baptisé du doux nom de TINA pour « There is no alternative ». Comment, pourquoi les mentalités n’ont toujours pas évolué depuis Thatcher ? Pourquoi même lorsque les peuples s’insurgent et se soulèvent, comme en Grèce ou en Espagne, il n’y a pas de conséquences ?

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Affiche électorale de la CDU, en Allemagne, en 1994 (source Wikipédia)

Même sur mon média préféré, qui pourtant n’est pas connu pour être libéral, il est difficile d’entendre un autre son de cloche. Depuis la mort tragique de Bernard Maris, directeur adjoint de la rédaction de Charlie Hebdo, qui a perdu la vie lors du terrible attentat de janvier 2015, il est beaucoup trop rare d’entendre parler d’une autre vision de l’économie mondiale, même sur France Inter !


Et ça, ça me désespère.

Alors oui, je dois sûrement paraître idéaliste, voire même naïve, mais je crois sincèrement qu’une autre organisation de notre société, et par extension, de notre monde du travail, est possible.

Je rêve d’une économie sociale, solidaire, responsable. D’une société où la valeur du travail ne serait pas la seule valorisée, qui permette à chacun de concilier le temps passé au travail et un temps d’épanouissement personnel conséquent. Parce que ce système pourrait bénéficier à tous.

De toutes façons, quelles sont les autres alternatives ? Encore plus de précarité ? Continuer à vouloir à tout prix doper l’économie par la consommation de biens toujours plus futiles à l’obsolescence programmée ?

Je ne suis pas économiste. Je ne suis pas sociologue. Mais j’entends s’élever, par ci, par là, des voix dissidentes.
Des étudiants en économie qui disent non à la pensée unique.
Des gens de gauche déçus par le Parti Socialiste qui disent leur colère.
Des collègues diplômés et propriétaires qui se mettent à rêver décroissance et mas dans les Cévennes.
Des femmes et des hommes qui font le choix de ne plus tout miser sur leur carrière pour faire aussi autre chose de leur vie : voyager, partir, voir le monde, élever ses enfants, s’engager dans des associations.

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Crédit Photo : Le To

 

 

Alors aujourd’hui, à défaut de vous convaincre qu’un autre modèle de société est possible, mes chères lectrices (et mes chers lecteurs, s’il y en a qui passent par là !), j’aimerais au moins que vous vous posiez la question : est-ce vraiment le modèle de société que l’on souhaite pour nos enfants ? Ce darwinisme poussé à l’extrême ?

Et si la réponse est non, n’y a-t-il vraiment aucune solution pour y parvenir ?

 

 

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43 réflexions sur “Citoyenne atterrée

  1. Ahah, je suis presque en plein dedans … je suis en train de lire « s’engager pour un monde meilleur, 10 propositions à votre portée ». Je ne sais pas si l’auteur y aborde aussi la sociologie et le monde du travail?
    Je ferais peut-être un résumé sur mon blog ^^
    Personnellement, je ne suis pas du tout adaptée à ce darwinisme du monde du travail et c’est probablement une des raisons qui font que mes recherches restent infructueuses … :-s

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  2. Moi j’aimerais savoir : que proposes-tu ? avec quelles actions concrètes ?
    Je suis ouverte à une autre façon de fonctionner – et je pense que notre modèle de société arrive à bout de souffle et qu’il sera temps un jour de tout remettre à plat. Mais je dois être trop engluée dans cette pensée unique car je n’arrive pas à imaginer d’autres solutions. Et je veux dire par là : d’autres solutions qui ne sont pas utopistes, qui pensent « global » et « communautaire » (communautaire dans le sens « non individualiste »), qui soient pensées de façon complètes et réalistes. Et pourtant j’y pense, j’y réfléchis, car j’en ai marre de cette société de consommation, car j’aimerais à la fois travailler et profiter de ma famille, car j’aimerais vivre décemment dans un endroit qui me plait, car j’aimerais cultiver mes légumes, mais aussi proposer des activités intéressantes et variées à mes enfants.
    Sinon, bravo pour ton article, je vois que tu te lance dans les sujets polémiques qui te tiennent à coeur 🙂

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    • Oui, j’ai l’impression qu’avec vos encouragements, la dernière fois, vous avez ouvert une vanne qui me permet d’aborder d’autres sujets qui me tiennent à coeur, alors merci ! 🙂

      Sur le fond, je suis comme toi, un peu perdue pour savoir quelles seraient les propositions viables et concrètes qui pourrait nous aider dans cette transition. Mais quand je vois le nombre de personnes qui se retrouvent dans cet état d’agacement face à la société de consommation, face à la difficulté du monde du travail, face à la problématique d’une répartition équilibrée entre la vie professionnelle, la vie privée et même la vie publique (engagement au sein d’associations, par exemple), je me dis que c’est dommage que la solution ne puisse pas être politique. Elle viendra sans doute de la société, mais le changement sera long.
      Et oui, la première étape est de prendre conscience que cette pensée unique nous brime, et nous empêche de trouver des solutions !

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  3. Ton article touche juste… Je suis en pleine réflexion de mon côté : quel monde voulons-nous laisser à nos enfants ? quels valeurs voulons-nous leur transmettre ?
    Le monde du travail actuel est vraiment compliqué et dur. On demande une flexibilité maximale aux employés, mais pour des contreparties financières pas toujours intéressantes ou pour des contrats précaires. Je travaille dans la prestation (un monde merveilleux…), milieu qui subit au plus fort le « j’ai besoin, je prends, je n’ai plus besoin, je jette ». Pas évident à vivre… Les entreprises veulent les personnes les plus compétentes possibles, mais ne voudraient pas les payer trop chères… Bref, arrive un moment on sature !
    Je fais partie d’une des tranches que tu cites : « Des femmes et des hommes qui font le choix de ne plus tout miser sur leur carrière pour faire aussi autre chose de leur vie : voyager, partir, voir le monde, élever ses enfants, s’engager dans des associations. »
    Cette réflexion sous-tendait depuis longtemps, puis une succession d’évènements m’ont fait prendre conscience que là j’allais dans le mur (et vers le burn-out…). Je ne veux pas élever mes enfants dans les conditions dans lesquelles nous vivons actuellement ! Mon mari était plus avancé dans sa réflexion à ce sujet et nous avons posé les choses pendant les mois derniers : et ça a été salvateur ! Tous les projets les plus fous nous sont passés par la tête : faire un tour du monde, vivre dans une yourte, créer notre entreprise, acheter une maison à la campagne et y vivre en quasi-autarcie… De toutes ces réflexions nous sommes sortis plus forts et nous avons réussi à faire émerger un projet cohérent qui nous permettra, j’espère, de vivre en harmonie et en accord avec nos valeurs.

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  4. Encore une fois je suis assez d’accord avec ton analyse. Surtout que ce libéralisme poussait à l’extrême on en a un bon exemple aux USA et ça ne me donne pas du tout envie.
    Je préfère une bonne qualité de vie à un gros PIB qui finit dans les poches de 5% de la population.
    Bref je te suis sur le principe mais c’est vrai que c’est plus difficile de trouver des actions pour le mettre en pratique.

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    • Comme tu dis, l’exemple des USA ne me fait pas rêver non plus, même si j’ai bien l’impression que la majorité des gens continuent à n’en voir que les bons côtés.
      Ça me paraît tellement à côté de la plaque !

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  5. Merci Louna pour ce bel article, bien écrit et qui ouvre un débat qui ne se réglera malheureusement pas si vite. Mais je suis heureuse de voir que nous sommes plusieurs à nous poser des questions…

    Si vous êtes intéressées par les écrits sociologiques sur le monde du travail, Nicole Aubert et Vincent de Gaulejac ont beaucoup écrit sur le monde du travail moderne. Leur livre « Le coût de l’excellence » est très bien écrit.

    Vincent de Gaulejac a d’ailleurs une analyse très intéressante sur la situation paradoxale du salarié, je ne sais plus exactement dans lequel de ses ouvrages je l’ai lue mais il explique ceci : Le paradoxe dénoncé c’est que le travail n’est plus une ressource pour le travailleurs lui permettant de subvenir à ses besoins, mais que le travailleur devient lui-même une ressource pour l’entreprise : interchangeable et nécessairement productif, sans quoi, il perd tout intérêt pour l’entreprise. Le terme même de RH pose question, dans ce sens.

    Le monde du travail bouge, tout le temps et chaque année apporte son lot de terribles décisions, mais aussi de belles initiatives. Nombre d’entreprises se tournent vers la co-gestion, le management participatif, …
    Et chaque année, des milliers de travailleurs perdent les pédales dans un monde qui devient fou et tombent sur nos sécurités sociales malades.

    C’est une large question, et je pourrais en parler des heures (rien que sur la question de la sécurité et de la santé psychique des travailleurs) mais je vais m’arrêter là et garder mes idées pour ma thèse! 😉
    Bref, je suis doctorante.

    Bonne soirée ***

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    • Oh la la, Charlotte, quelle chance pour moi de te lire ici !
      Je ne sais pas si tu le sais, mais je suis également dans la recherche. Par contre, absolument pas dans cette spécialité, et ça fait maintenant quelques temps que je me dis que j’ai dû me tromper de spécialisation ! 😉

      Je me note tes références et je vais aller voir à la bibliothèque si je peux trouver ces ouvrages. Je ne suis absolument pas spécialiste du domaine, alors j’ai besoin de beaucoup lire pour pouvoir affiner mon analyse et mes opinions. Merci pour ces sources.
      Est-ce que ta thèse sera en accès public ? Ou au moins ton manuscrit ?

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      • Ce sont de très chouettes bouquins, j’ai beaucoup appris en les lisant.
        J’ai d’autre références si tu le souhaites. 🙂
        Je suis persuadée que tant que la recherche restera fort clivée autour des sciences exactes vs sciences humaines, on loupe tout un champ de nos problématiques sociétales. J’ai toujours beaucoup travaillé en interdisciplinaire (en partenariat avec d’autres disciplines que la mienne, les sciences juridiques) . J’aime beaucoup ça, on a beaucoup de choses à apprendre des autres systèmes de pensées (que ce soit en fonction des disciplines ou en fonction des régions du monde pour rebondir sur le commentaire de Maman-Tout-terrain).
        On en discute donc quand tu le souhaites, Louna!

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  6. Ah ah! quand tu fais des articles engagés tu n’y vas pas de main morte… J’adore! Je me pose ces questions moi aussi. J’ai quelques réponses, j’essaye d’en mettre le plus possible en pratique même si ce n’est pas toujours évident de faire bouger les choses…

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  7. Merci pour cet article qui questionne, qui embete et qui remet en cause…
    Oui, suis le principe il faut faire un truc… Cette course a la productivite, a la richesse, a la consommation est un vrai danger pour la societe…
    Apres concretement, je n’arrive pas du tout a penser de reponse realiste et globale a ce phenomene… Va t en expliquer ca a des Chinois, par exemple… la tu seras totalement inaudible…
    Le revenu universel comme une partie de la reponse?… Why not… J’y serais plutot favorable…
    L’initiative individuelle? J’ai peine a croire qu’elle puisse vraiment se generaliser a une societe…
    Bon, je n’aide pas vraiment a avancer…

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    • Mais si ! Se questionner ensemble, c’est déjà avancer ! 😉
      En effet, tout comme toi, dès que j’essaie de penser à l’international, j’ai du mal à trouver réaliste une modification des mentalités à l’échelle mondiale. Peut-être que cette évolution de la société que l’on semble être de plus en pus nombreux à souhaiter commencera en Europe puis se répandra dans un deuxième temps ailleurs ?

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  8. Voyons… Je ne sais pas trop quoi penser de ton article. Il met en lumière beaucoup d’éléments mais me laisse un peu sur ma faim parce que j’avoue ne pas avoir plus d’idées que toi sur ce qui pourrait être mis en place (cela me demanderait une connaissance approfondie de l’économie, de la politique et des budgets de l’état et bon ben, c’est pas demain la veille).
    Je suis une pure centriste et selon moi, le système actuel dans beaucoup de pays européens n’est pas complètement à jeter à la poubelle. Je suis désolée comme toi de voir que des gens pensent que c’est « chacun pour soi » : autant je ne suis pas socialiste, autant j’ai envie qu’on puisse tous partager et s’entraider, en tout cas jusqu’à un certain point (oui parce que ma mère et ses amis qui dépendent des allocations de chômage toute leur vie parce qu’ils « ne veulent pas travailler », je trouve ça scandaleux pour ceux qui passent 45 ans à travailler honnêtement et courageusement).
    Concernant le monde du travail, en tant que RH et recruteuse, je vois tous les jours combien coûte l’emploi et OUI, c’est une réalité, c’est excessivement cher et c’est un frein au travail. Je travaille pour des ONG humanitaires, de vrais bobos solidaires de la moindre souris qui passe et même eux trouvent que c’est trop cher ! (oui, c’est un exemple pourri mais je viens de tomber sur un mail d’un client qui disait ça en substance :p ) Il y a deux ans en Belgique, ils ont instauré une réforme pour diminuer les cotisations sociales des nouveaux recrutements, résultat on connaît un pic d’engagement en 2016.
    J’ai quand même l’impression qu’on a traversé des millénaires avec différents modèles de travail vers une solution relativement équilibrée (en tout cas en Europe), sur laquelle beaucoup de gens crachent mais dont au final, on profite quand même énormément au quotidien. On travaille moins qu’avant (quoiqu’en disent certains, c’est un fait : 35/40h contre 70+), on a de meilleures infrastructures, une meilleure santé globale, une qualité de vie encore jamais égalée etc. Il y a beaucoup de choses qu’on peut améliorer, c’est certain (que ça soit les cadeaux fiscaux faits aux grandes entreprises, tout ce qui est lié à la maternité et l’éducation des enfants ou la surconsommation endémique qui enterre les pays plus pauvres). Mais tout ça pour moi tient plus de petites et grandes modifications plutôt que d’un nouveau système complet. Peut-être que c’est juste en réaction à ces théories que je vois parfois passer sur le « salaire universel » ou le « néolibéralisme total », qui, je trouve, sont des non-solutions égoïstes et utopiques…
    Le système actuel amélioré, c’est-à-dire un système dans lequel chacun peut trouver un équilibre tout en participant à la société, c’est ce que j’ai envie de laisser à ma fille. Moins d’égoïsme, plus de contrôle.

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    • Je suis d’accord avec toi : je ne prône absolument pas une thèse anarchiste où la seule manière de changer les choses serait de tout jeter à la poubelle pour recommencer sur une feuille vierge ! 😉
      Par contre, je trouve qu’il est indéniable que les sociétés européennes qui offrent tous les avantages non négligeables que tu as cités tendent à évoluer dans la mauvaise direction, notamment suite à la dernière crise économique des années 2000. La pression qui est mise sur la classe moyenne et les travailleurs est de plus en plus forte, et je pense que ça se ressent à l’échelle de la société. L’idée serait de consolider ces sociétés justes et empathiques, plutôt que de les fragiliser, comme les grands choix économiques et de mondialisation des dernières décennies ont commencé à le faire.
      Quant au coût du travail, ce n’est pas forcément le débat : tu le dis, et tu t’y connais, c’est cher, en effet. Mais c’est dû justement à notre choix d’une société protectrice ! On ne peut pas avoir les avantages sans en payer une contrepartie. Par contre, la question est : « doit-on réellement faire peser ce poids sur les employeurs ? » Pas forcément. Diminuer les cotisations sociales sans toucher à la sécurité des personnes, cela me va, mais dans ce cas, où trouver l’argent pour financer notre système ? A-t-on des alternatives ? (Ce sont réellement des questions ouvertes, hein, je n’y connais malheureusement pas grand chose, mais j’adorerais qu’un expert en sciences économiques et sociales vienne m’en parler !).

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      • Non, tu as entièrement raison ! Je faisais une simple constatation que l’emploi est parfois difficile pour certains employeurs alors même qu’ils en auraient besoin. Mais, à côté de cela, comme je disais, je pense que ce coût très élevé nous offre également d’énormes possibilités sociales et que ça en vaut la peine : oui ça coûte cher, non ce n’est pas inutile. De toute façon, il n’y a pas de miracle… Soit l’employeur le paye en amont, soit tu le paieras de ta poche (comme aux Etats-Unis)…
        Tes questions ouvertes, je me les pose aussi. Et pour le moment, je n’ai pas encore vu de solution qui me satisfasse… Parmi celles-là, j’ai lu des témoignages de personnes qui ont « tout plaqué » pour vivre à leur rythme et qui le conseillent en gros au reste du monde. Mais exemple : à l’heure où il y a une pénurie de médecins et où ceux-ci sont surchargés, eux ne pourraient pas se permettre de « vivre à leur rythme ». Et ça vaut pour tellement de gens… Bref, je ne sais pas, j’attends de voir ce qui peut être proposé et qui me semblerait juste 😉

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    • La phrase « je vois tous les jours combien coûte l’emploi et OUI, c’est une réalité, c’est excessivement cher et c’est un frein au travail. » montre bien l’inversion des valeurs de notre société actuelle. Depuis quand ose-t-on dire que le travaille coûte ? Il fait être clair, si travail coûtait plus qu’il ne rapportait il n’y en aurai PLUS. Le travail rapporte à ceux qui en proposent comme à ceux qui l’effectuent. Les « charges » sont des salaires différés qui agissent comme des assurances (contre la perte d’emploi, la maladie, la vieillesse, etc.) ou procure des services (éducation, infrastructures, loisirs, etc), que les populations se sont imposées pour se prémunir contre la précarité ou pour améliorer leur quotidien. C’est ce discours dominant ambiant, cette crise systémique dont on nous rabâche tout les jours la présence, qui nous pousse à nous détourner de ces constructions solidaires, à nous renfermer sur soi, puisque nous n’aurions plus les moyens de nous offrir le confort que nous procure ces « charges sociales ». Alors, que même en France, nous sommes toujours en croissance et que les richesses sont réparties de plus en plus inégalement.
      Comme vous le soulignez « On travaille moins qu’avant (quoiqu’en disent certains, c’est un fait : 35/40h contre 70+) » mais cela ne s’est pas fait sans lutte contre ceux qui profitent du travail des autres et votre vision va bien dans le sens de ceux qui veulent battre en brèche ce modèle social qui nous permet de profiter de notre vie en dehors du travail.
      Comment peut-on faire évoluer ce modèle que nous sommes de plus en plus nombreux à sentir vaciller, qui s’arc-boute sur son omnipotence et qui relègue à l’utopie toute tentative d’alternative (comme le souligne Luna) ? Il me semble que cela ne pourra pas se faire via quelques vagues évolutions, mais par la mise en oeuvre de nouvelles idées fortes, qui seront sans doute en opposition frontale avec notre modèle actuel, mais qui devront être soutenues par une population éduquée et véritablement libre de ses choix.

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      • Vous ne lisez pas mon message correctement 😉
        Vous avez une vision biaisée des employeurs déjà : ce n’est pas parce qu’ils affirment que cela leur coûte beaucoup que forcément ils « profitent du travail des autres » pour reprendre vos mots. Cela représente un coût mais s’ils engagent, c’est bien que cela a un intérêt pour eux, évidemment.
        Bien sûr que ce coût de l’emploi a une utilité, je l’ai précisé dans mon premier message et dans ma réponse à Louna. Vous dites que je veux « battre en brèche ce modèle social » alors que c’est précisément ce que j’ai dit vouloir conserver.
        Je ne comprends donc pas bien votre message : vous parlez d’idées fortes (mais lesquelles ?), de constructions solidaires (je ne vois toujours pas à quoi vous faites référence) et à vous lire, on dirait que vous désapprouvez ce qu’apportent les-dites « charges sociales » ? Parce que si c’est le cas, ça veut dire que vous désapprouvez la couverture santé par exemple ? (vraie question, je ne comprends pas cette partie de votre message)

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        • Je voulais tout d’abord m’excuser pour l’orthographe lamentable de mon précédent message…

          Pour le reste, je réitère : bien sûr les employeurs profitent du travail de leurs salariés. C’est pour ça qu’ils les embauchent : dans un système capitaliste le but est de faire du « profit » (d’où littéralement le terme « profiter »), donc si vous employez une personne c’est parce que vous pensez qu’elle vous rapportera plus qu’elle ne vous coûtera. Ce que je souhaitais signaler c’est surtout que la sémantique a son importance : le terme « coût du travail » est choisi justement pour prétendre que les employeurs ont à faire énormément d’efforts pour créer de l’emploi. Or, la réglementation du travail qui s’applique aujourd’hui est issue de conflits, de négociations et de compromis à des moments où le rapport de force était bien plus en faveur des employés, mais c’est cette fameuse « pensée unique », celle qui nous est rabâchée depuis 30 ans, qui parvient à nous convaincre que nous serions aujourd’hui des privilégiés (alors même que nous étions beaucoup moins productifs et dans un pays beaucoup moins riche lorsque ces réglementations protectrices des salariés ont été mises en place).

          Quelques idées fortes :
          – recentrer notre vie sur nos envies, notre famille, nos amis, la création, le loisir, ce que nous jugeons vraiment important plutôt que sur le travail qui n’est qu’un moyen de faire tout le reste ;
          – prôner la démocratie au travail : comment peut-on juger qu’il est bon d’être dans un régime politique démocratique et considérer qu’il est normal d’avoir tous les jours de rapports de subordination au travail, sans que les avis « bottom-up » aient la moindre légitimité ?
          – S’autoriser à penser en dehors du cadre d’un modèle productiviste individualiste (exploitant lui-même au maximum des techniques de marketing et de communication pour que nous y restions le plus cloisonné)…
          Et concrètement : prôner la mise en place du revenu de base ou du salaire à vie, la réduction du temps de travail, l’éducation écologique et l’application de réglementations en ce sens, la fin des politiques impérialistes d’intervention, la déprofessionnalisation de la politique, la fermeté face à la corruption et la fraude, l’égalité réelle (au moins en droit) entre les sexes, les personnes d’origines culturelles et sociales différentes, les handicapées et les valides, etc.

          Constructions solidaires : sécurité sociale fondée sur « je cotise en fonction de mes moyens, je dispose en fonction de mes besoins », école publique qui devrait donner une véritable égalité des chances à tous, services publics de qualité (transports, communication, énergie, etc.).

          J’espère que j’aurais été plus clair dans cette réponse.

          Aimé par 1 personne

          • N’ayant pas de compte WordPress, je ne peux pas liker votre message mais je le ferais sinon ! 😉 Maintenant c’est très clair et je vous suis sur presque tout. Ces principes et idées que vous mentionnez sont en effet très intéressants, c’est à ce genre de choses que je pensais également. J’avoue que j’ai encore énormément de mal à voir comment cela pourrait être mis en place et surtout, qui pourra le faire…

            Concernant la sémantique du coût du travail, j’avoue que je n’y mets pas d’idée spécifique derrière. Je parle de coût pour cela au même titre qu’acheter un pain nous « coûte », même si effectivement ce coût nous apporte quelque chose. Il ne faut pas y voir de constat négatif 🙂 Et je n’aime vraiment pas le terme de « prix du travail », que j’ai vu dans le monde de la consultance et que je trouve bien plus connoté.

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  9. Pingback: C’est la rentrée !!! | La Boîte à Couture de Tamia

  10. Bravo pour cet article qui a le mérite de remettre en question beaucoup de choses. Je t’avoue que je ne suis pas du tout calée dans ce domaine, mais je pense qu’il y a des petites choses qu’on peut faire à notre échelle, comme consommer autrement par exemple, faire attention à nos déchets, respecter les autres et les animaux;…. Bref, le respect semble être le maître mot de ce nouveau monde, à mon sens.

    Aimé par 1 personne

  11. Comme tu le sais déjà je crois je suis bien d’accord avec toi et le maître mot de ma vie pour le moment a toujours été « travailler moins pour gagner moins ». D’un autre côté j’ai conscience de faire partie avec mon mari des gens très privilégiés et j’ai toujours peur que cela fausse mon raisonnement. C’est sans doute forcément plus facile d’être pour la décroissance quand on a tout ce qu’on veut chez soi… J’espère en tout cas qu’il y aura une suite à ton article sur les thèmes de la décroissance et autres !!

    Aimé par 1 personne

  12. Déjà, j’ai envie de dire : alors qui avais raison pour les articles plus engagés ? Mais bon… Je vais éviter :p

    J’adore cet article ! J’adore parce que je pense que tu poses bien le débat et que ça permet aussi de prendre du recul sur des situations dramatiques. Je n’en peux plus de voir mes amis au bord de la crise de nerfs à cause du travail/ Alors oui, ils gagnent bien leur vie et ils réussissent mais pourquoi faire ? Commander tous les soirs une pizza ? Ne plus avoir le temps de penser à soi, à son bien-être et aux autres ? Notre société est malade du travail. Notre pays est le plus compétitif d’Europre (nous avons le taux de production horaire le plus HAUT d’Europe ! ) et nous continuos à nous flageller en pensant qu’au fond, on est un peu fainéant.

    On a besoin d’un vrai débat sur le travail et tu m’as donné envie d’écrire là-dessus avec toute la sociologie et l’histoire que je pourrais vous apporter (j’ai un peu un mari spécialiste en socio du travail… !)

    A très vite!

    Des bisous

    Aimé par 1 personne

    • Oh la la, j’ai hâte de lire ça !
      Merci pour tes compliments et oui, carrément, tu peux le dire : tu avais bien raison pour les articles engagés. Et qu’est-ce que ça fait du bien !!
      Malade du travail : je crois que cette expression résume parfaitement et très efficacement la situation.

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  13. Pingback: Petit coup de mou | Miss Lune

  14. J’avais vu passer ton article, voulais le lire mais au calme et finalement, tu vois, je ne le fais qu’aujourd’hui :/

    Je n’ai rien à ajouter. Je crois que tu n’es pas la seule à être atterrée par cette évolution de la société et que finalement nous sommes encore quelques un-e-s à rêver d’un autre monde que celui qu’on nous matraque à longueur de journée depuis des décennies et qui s’empire. Il faut élever la voix, un peu plus fort, faire des propositions, se faire entendre !

    Aimé par 1 personne

    • Roh la la, toi par ici ! Ça me fait drôlement plaisir, tu sais ! 🙂
      Oui, je réalise, en en parlant ici et autour de moi, dans la vraie vie, que finalement, je ne suis pas si seule à être désemparée par cette situation. Et oui, je compte bien élever la voix, de plus en plus souvent, à ma petite échelle. Tout comme tu le fais de ton côté, également.
      Je viens de découvrir Thomas Guénolé et son nouveau libre sur la « Mondialisation malheureuse ». Je vais essayer de m’y plonger puis de revenir par ici vous faire un retour.
      Allez, on y croit !

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