Mon diabète gestationnel et moi

femme_enceinteJe pense qu’il est temps pour moi de revenir sur cet épisode particulièrement difficile de ma grossesse. Enfin, pour être tout à fait honnête, il s’agit plutôt du seul épisode difficile de ma grossesse, mais il m’a beaucoup affectée et j’éprouve le besoin d’en parler à nouveau, même autant de temps après.

Petit préambule

Je m’excuse par avance auprès de celles et ceux qui vivent ou ont vécu de soucis de santé bien plus graves qu’un simple de diabète gestationnel, que ce soit ou non dans le cadre d’une grossesse.

Dans cet article, je tiens à coucher sur papier ces sentiments encore vifs, qui montrent à quel point le fait d’être enceinte m’a rendu particulièrement vulnérable psychologiquement. Cet épisode, qui va sembler anodin à certains, a été déclencheur d’une prise de conscience douloureuse pour moi.


Au milieu de mon deuxième trimestre de grossesse, je suis allée à l’hôpital pour faire le fichu test de glucose tant redouté par mes comparses primipares. L’idée est d’ingérer une énorme quantité de sucre à jeun et de mesurer, par prise de sang, comment le pancréas arrive à gérer cet excès de sucre dans l’organisme.

Les résultats arrivent dans ma boîte aux lettres quelques jours plus tard : dans l’ensemble, les taux sont bons, même si l’une des valeurs dépasse tout juste la limite. Je commence à stresser, mais ça tombe bien, comme j’ai rendez-vous avec une sage-femme le jour même je vais pouvoir en discuter directement avec elle. A la vue des résultats, elle me jette un coup d’oeil, décroche son téléphone et appelle directement le service de diabétologie pour me faire admettre dès le lundi suivant. Pour moi, c’est la douche froide : me voilà brutalement passée de la catégorie des heureuses futures mamans à celle des malades !

Le fameux lundi arrive : je me retrouve avec trois autres futures mamans qui sont à des stades de grossesse bien plus avancés que moi. L’infirmière nous explique le déroulement de la journée : il s’agit de venir confirmer le pré-diagnostic donné par les résultats de la prise de sang. L’idée est de surveiller tout au long de la journée nos taux de sucre dans le sang à l’aide d’un petit appareil électronique qui permet de donner une valeur à partir d’une goutte de sang déposée sur une petite bandelette. Première mesure à jeun : valeur hors des normes pour moi, ça commence mal…

La journée défile lentement, entre pesées, entretiens avec la diététicienne, la sage-femme, la diabétologue, l’infirmière.
La diététicienne me rassure en me disant qu’étant donné mon régime alimentaire, que je lui ai brièvement décrit, je n’aurais que très peu de choses à modifier. Il me faudra surtout peser tous les féculents que j’ingère et limiter les fruits.
En apprenant mon métier, la diabétologue approfondit son discours et me donne toutes les bases scientifiques pour comprendre ce qui m’arrive, à quoi cela est dû, quelles sont les conséquences potentielles pour mon futur enfant, pour moi plus tard, etc… Elle me donne même quelques articles scientifiques à lire (ce que je fais quotidiennement dans mon métier). J’apprécie énormément qu’elle s’adapte à moi, qu’elle prenne le temps de développer les aspects scientifiques et les points qui restent obscurs pour la communauté. J’ai l’impression qu’elle prend plaisir à discuter avec moi et à répondre à mes questions. Cette discussion me rassure quant aux conséquences pour mon bébé : si je fais attention à bien contrôler mes taux de sucre, je devrais réussir à bien le protéger de toute complication future. Par contre, le revers de la médaille, c’est que je réalise le risque pour moi-même : le fait de déclarer un diabète gestationnel, surtout si jeune, à ce stade de grossesse et avec mon régime alimentaire équilibré, fait de moi une parfaite candidate pour un diabète de type 2 d’ici quelques années.

Pour moi, c’est le coup de grâce : faire des efforts pour mon enfant, être rigoureuse pendant les 3 mois de grossesse qui me restent, je sais que je peux y arriver. Ça va me demander des sacrifices, moi qui suis si gourmande, mais je sais que je vais pouvoir trouver des recettes adaptées. Par contre, imaginer que d’ici quelques années, ce régime strict sera mon quotidien, j’avoue que c’est au-dessus de mes forces.

Je me sens trahie par mon corps. Je me sens malade, je culpabilise. Je réalise pour la première fois de ma vie que je suis mortelle. Je t’ai déjà dit que j’étais la championne pour faire l’autruche ? Ça explique en partie pourquoi, malgré mon âge, je n’ai jamais pris le temps de faire ce travail sur moi d’accepter que la mort fait partie de la vie. Mais là, avec ce bébé qui grandit en moi, avec cette pression qui pèse sur mes épaules quant à sa santé future et à la mienne, plus moyen de penser à autre chose. Dans ma tête, tourne en boucle cette phrase idiote : « c’est le début de la fin ».

Bien sûr, je ne réalise pas tout cela sur le moment : je me sens seulement perdue et angoissée, je pleure de stress à longueur de journées et j’ai du mal à réaliser ce qui m’arrive. Il me faut la présence de Cocci à mes côtés pour comprendre, grâce à ses questions subtiles, la violence de ma réaction.

Heureusement, la sage-femme, en voyant mon état, m’arrête pour 15 jours de congé pathologique. Cette pause me permet de me reposer, ce dont j’ai clairement besoin, étant donné que dès la première semaine de mon nouveau régime, je perds 5 kg sur les 7 que j’ai pris depuis le début de ma grossesse ! Je me fais doucement à ce nouvel état de malade, trimballée entre les services de la maternité et de la diabétologie. Les rendez-vous sont toujours infantilisant : j’ai l’impression qu’en plus de surveiller ma santé, on me soupçonne de tricher, de ne pas bien saisir toutes les implications et de prendre à la légère cette situation.

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Bon, ces semaines d’angoisse et de stress sont à présent derrière moi, mais comme tu peux l’imaginer, je vais être suivie de très près pour une deuxième grossesse. Déjà que les mois qui ont suivis l’accouchement n’ont pas été de tout repos : entre la gynéco alarmiste, la sage-femme qui ne sait pas quoi me conseiller et l’endocrinologue qui panique pour ma thyroïde, mon stress de jeune maman a été mis à rude épreuve…

Je n’arrive pas à me projeter dans une deuxième grossesse sans diabète gestationnel, mais imaginer revivre les mois de galères culinaires, de frustration des papilles et de discussions interminables sur le bien-fondé d’une surmédicalisation de la grossesse me décourage d’avance.

Et même sans cela, depuis ce jour où j’ai compris que mon corps commençait à me lâcher, j’ai l’impression de vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, d’attendre le jour où le diagnostic finira par tomber : « ça y est, vous avez développé le diabète de type 2 ! »

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Mon fameux petit carnet de surveillance : qu’est-ce que j’ai pu le haïr !

 

Et toi, est-ce qu’un pépin de santé, a priori anodin, a changé ta manière de voir la vie ? Qu’est-ce qui t’a fait réalisé que tu ne seras pas jeune et en bonne santé pour toujours ? Comment as-tu dépassé ce cap ?

 

 

 

 

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18 réflexions sur “Mon diabète gestationnel et moi

  1. Erf déjà quand j’avais lu ton témoignage et celui de Floconette sur DMT, ça m’avait fait paniquer… Moi qui ne sais avoir aucun contrôle sur ce que j’ingère, le diabète était ma plus grande crainte. Il y en a eu beaucoup dans la famille, mon frère a un diabète léger également mais je m’en suis sortie tout juste au test du glucose pendant la grossesse.
    Est-ce qu’il est certain que tu développeras le diabète de type 2 ?

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    • Oui, moi aussi (et de mémoire, c’était aussi le discours de Floconnette !), je suis plutôt du genre à ne me priver de rien et voir vraiment comme un déchirement le fait de devoir renoncer à reprendre du pain / fromage / dessert (aucune mention inutile).
      Mais je t’assure que quand la santé de ton bébé entre en jeu, tu ne réfléchis plus comme d’habitude et tu te découvres une volonté de fer ! Bon, pas sans pleurs ou sacrifices, mais tu y arrives, ça c’est sûr !
      Mais je suis vraiment contente que tu aies pu y échapper, d’autant plus si tu as un environnement génétique à risque (c’est aussi une bonne chose pour ta fille, d’ailleurs !).
      Pour le diabète de type 2, c’est pas sûr, mais il y a quand même de fortes probabilités. Et ça suffit pour me ficher la trouille…. :-/

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  2. C’était une de mes hantises pendant ma grossesse mais heureusement j’y ai échappé. Déjà que je trouvais que j’étais ultra contrainte sur ce que je mangeais (avec la toxo et la listériose), je n’ose pas m’imaginer le calvaire avec le diabète.
    Après, même si c’est plus facile à dire qu’à faire, il ne faut pas que tu te focalises dessus. Certes tu seras suivie de prêt pendant une deuxième grossesse mais c’est possible que tout se passe bien aussi.

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    • Oui, c’est déjà la galère de faire attention à tout ce que tu ingères : c’était devenu invivable, à la fin ! J’esquivais les sorties au resto (un comble pour une future jeune maman à qui ce luxe va être retiré pendant de trooop longs mois !).
      Oui, tu as raison, il faut que j’arrive à ne pas y penser, mais c’est un peu dans mon caractère, d’imaginer le pire pour me préparer psychologiquement (après, je ne dis pas que c’est une bonne chose ! 😉 ).
      Comme tu le dis, il ne faut pas que je perde de vue que « c’est possible que tout se passe bien » 🙂

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    • Merciiii ! J’espère aussi y échapper ! Ma pire angoisse, c’est que ce soit détecté beaucoup plus tôt : là, j’ai eu que (QUE !!) trois mois de régime. Si on me le détecte en début de grossesse, ça va être vraiment dur.
      On verra bien !

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  3. Il fait un peu de peine à lire, cet article, je suis désolée pour toi 😦 J’avais aussi peur du diabète et de son fameux régime, moi qui n’arrivais déjà pas à manger correctement, et qui avais surtout faim de sucré…

    Et je l’avais déjà développé sur le blog de Fleur, mais moi aussi j’ai peur du vieillissement et que mon corps me lâche un jour (il m’a en effet déjà pas mal lâché durant ma première grossesse, même s’il n’y avait rien de grave, c’était encore moins grave que du diabète, et ça m’avait fait très peur). Alors je ne peux pas vraiment te rassurer, mais je compatis ! Et je croise les doigts pour que ça ait été ton premier et ton dernier diabète !

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    • Oui, je pense que je suis ressortie vraiment marquée par cet épisode. Je sais que la plupart des mamans ne le vivent pas trop mal. Mais moi, c’est toute la prise de conscience autour que j’ai eu du mal à digérer. Finalement, ce n’était qu’un élément déclencheur comme un autre. Et du coup, c’est peut-être tout à fait comparable à ce que tu as vécu de ton côté, lorsque ton corps t’a lâché. C’était vraiment ça, le point dur.
      Alors même si tu ne peux pas me rassurer, de savoir que d’autres personnes vivent le même genre de situation, éprouvent le même genre d’angoisses, ça me rend les choses un peu plus acceptables. 🙂

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  4. Oh… ça me donne envie de te faire un câlin de réconfort ! En disant « peur que mon corps me lâche » tu mets des mots sur ce que je ressens depuis lundi (j’ai appris que j’ai perdu énormément de vision à mon œil droit avec la grossesse…). Se sentir mortelle. Et en disant « faire l’autruche » ça me fait repenser à mon article DMT sur mon prétendu diabète gestationnel – je n’avais pas été très délicate dans mes propos pour quelqu’un comme toi qui l’a vraiment vécu, mais ma façon de réagir a été la même : je faisais l’autruche !
    Malheureusement je n’ai pas de recette pour accepter une telle maladie. A part le temps qui fait son oeuvre… et des compromis…

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    • Oh ben Madame Vélo, je suis désolée pour toi ! C’est toujours terrible de se sentir diminuée…. Et moi qui viens juste de répondre à ton commentaire sur mon article précédent : on dirait que j’ai mis les pieds dans le plat ! :- /
      Moi aussi, j’ai envie de te donner un câlin de réconfort !!

      En tous cas, tu as bien cerné l’essentiel : c’est le fait de se découvrir faillible et mortelle qui est si difficile à encaisser.

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      • Ahah, je viens de relire ton article sur ton prétendu diabète gestationnel. En effet, ça m’avait fait tiquer à l’époque, et c’était clairement lié à mon vécu : je t’admire d’avoir su garer une grande confiance en ton corps, tout au long de ta grossesse. En fait, c’est exactement le sentiment que j’éprouvais, moi aussi. Mais il m’a été brutalement retiré au moment du diagnostic du diabète, et c’est ça qui a été difficile à vivre, plus que la maladie en elle-même.
        Et depuis, cette impression que mon corps m’a trahie ne me quitte plus.
        Cela dit, j’avais oublié cet épisode, alors tu vois, ton discours ne m’avait pas traumatisée pour autant ! 😉

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