Mon amie Cocci – Partie 2 : l’âge de raison

P1030071Comme je te le disais la dernière fois, à la fin de cet été croate, me voilà installée. Quand à Cocci, elle ne perd pas de temps puisqu’il lui faut tout juste deux mois pour rencontrer son futur mari. Le portrait qu’elle m’en fait parle de lui-même : Mister Wald est l’homme parfait, cuisinier hors pair, brun ténébreux aux grands yeux bleus, sensible et sûr de lui, décidé, confiant, tendre. Bref, je m’arrête là, mais je me rends bien compte que je n’ai jamais vue mon amie dans cet état !

Le point de basculement

Malheureusement, cette première année de relation, intense et passionnée, n’est pas de tout repos, pour eux. Quand je retrouve Cocci, à l’été, je la découvre bouleversée, perturbée et clairement perdue dans ses choix de vie. Nous passons la semaine à décortiquer leur relation, ses envies et ses attentes. Je sens que mon amie a besoin de s’épancher, de souffler. J’ai l’impression que ma vision extérieure lui fait du bien, et lui permet de se conforter dans ses idées. Je la quitte apaisée, plus sereine.

Cet épisode est le premier qui me montre à quel point notre amitié représente autant pour elle que pour moi. Jusqu’à présent, j’avais toujours le sentiment d’être la petite, celle à qui Cocci a tout appris, celle qui avait besoin de l’exemple de son aînée pour se trouver et s’affirmer dans la vie. Après cet été viennois, je réalise que notre relation est bien plus équilibrée que je ne pensais : mon regard extérieur lui est tout autant bénéfique que l’inverse. Certes, ce n’était évident de découvrir mon amie dans cet état, mais je suis persuadée que cet épisode nous a rapprochées profondément.

La délicate étape de mon mariage

Les années suivantes, tout s’enchaîne pour moi. Dans la foulée de ma thèse et de mon nouveau poste, nous décidons de nous marier, Mister F. et moi : un mariage participatif et familial, organisé en quelques mois. Cocci passe son temps à me rassurer, à me guider et m’épauler quand il faut que je m’affirme face à ma famille.

Au printemps, elle vient passer quelques jours à Paris, pour m’aider à finaliser mes envies pour ma robe. Après avoir sillonné les sites de mariage, fait le tour des grandes enseignes et même été voir plusieurs créateurs, je finis par opter pour une robe réalisée par ma grand-mère. Sur le papier, ça paraît idéal, mais dans la réalité, c’est le début d’un combat houleux entre mes folles envies et celles de ma grand-mère, à conjuguer avec les remarques délicates de ma mère. Cocci arrive à point nommé pour calmer tout ce petit monde, et apaiser les remarques cinglantes de part et d’autre.
Sous la baguette de maestro de Cocci, nous nous mettons d’accord en quelques jours sur un modèle, un assortiment de tissus et de dentelles, et une coupe pour le décolleté. Ma grand-mère n’a plus qu’à laisser faire ses doigts de fée pour m’offrir le plus beau des résultats.

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Voilà un petit aperçu du rendu, mais promis, je reviendrai vous raconter notre mariage une autre fois !

Malheureusement, mes tracas mariagesques ne s’arrêtent pas là, et comme tout prend des proportions inconsidérées dans ces moments de grande émotion, je réalise avec une grande tristesse qu’il va être difficile à ma Cocci de toujours de venir participer à mon Enterrement de Vie de Jeune Fille à quelques semaines du mariage, avant de refaire le trajet pour le jour J.
Elle me propose alors de nous faire un petit rattrapage à l’automne, juste après le mariage. Comme j’avais très envie de faire mon EVJF à Berlin mais que ça avait été trop compliqué à organiser, nous voilà partie pour faire un vrai rattrapage en visitant la capitale allemande, le temps d’un long week-end autour de nos anniversaires.

Le début de la suite

Ces quelques jours tombent à pic, puisque Mister F. et moi venons tout juste de commencer les essais bébé. Bon, là, chère lectrice, je te demande un peu d’indulgence : ne rigole pas à gorge déployée en lisant l’anecdote qui suit (ou au moins fais le suffisamment discrètement pour que je ne t’entende pas !). Notre week-end à Berlin tombait quelques jours après la fin de notre premier mois d’essai bébé. Dans la joie et l’euphorie de notre bonheur pré-parental, Mister F. & moi étions persuadés que ça marcherait du premier coup ! Quelle idiotie ! Et surtout quelle déception, quelle tristesse quand  j’ai réalisé que je n’étais pas enceinte…
Bien que nous ayons prévu de n’en parler à personne, histoire de ne pas nous mettre la pression, à peine débarquée à Berlin, les mots sortent tous seuls de ma bouche, et je raconte tout à Cocci : notre décision, et surtout, notre déception. Je la vois alors pousser un éclat de rire et me regarder avec toute son indulgence habituelle en me posant cette petite question : « Mais tu croyais sincèrement que ça allait marcher du premier coup ? ».

Devant sa réaction amusée, toute la pression qui s’était accumulée sur mes épaules disparaît comme par magie. Cocci m’explique qu’elle voit ce temps des essais bébé comme un temps de fiançailles, comme un temps de bonheur anticipé dont on ne connaît pas la durée mais dont il faut profiter parce qu’il ne durera pas.
Alors profitons ! D’abord entre copines, ici à Berlin, mais aussi en couple, une fois rentrée à Paris ! Grâce à ma Cocci, cet état d’impatience et d’anxiété s’est transformé en simple attente confiante et heureuse.

La suite, tu la connais, si tu as lu quelques uns de mes articles : Poupette est arrivée dans nos vies, et même si ma grossesse a été globalement facile, j’ai rencontré quelques petits moments d’angoisse durant lesquels, encore une fois, Cocci s’est révélée d’une aide incommensurable. Depuis la naissance, je m’appuie également beaucoup sur elle et sur sa vision différente de la maternité en Autriche pour réussir à franchir toutes les étapes de transition qui font de moi une mère de plus en plus épanouie et sereine. Mais ça, c’est une autre histoire !

Et maintenant ?

Sans vouloir faire un bilan sur cette belle histoire, puisque nous évoluons encore chacune dans nos vies, dans nos envies et dans nos projets, je me rends compte avec le recul que ces dernières années, qui auraient pu nous éloigner l’une de l’autre, nous ont au contraire rapprochées.

Bien sûr, dans ces quelques anecdotes que je vous ai racontées, je me suis attardée plus en détails sur les étapes importantes de ma vie. Je l’ai fait par discrétion pour la vie privée de Cocci, mais je sais, pour en avoir parlé avec elle à plusieurs reprises, qu’elle partage mon sentiment : cette amitié particulière qui nous lie a pris une place aussi importante dans nos vies à toutes les deux. Elle représente un pilier, un point d’ancrage sur lequel nous savons pouvoir compter, l’une comme l’autre, lorsque nous sommes un peu perdues.

Jusqu’à présent, j’ai eu l’impression que la vie, la chance ou le destin, appelle cela comme tu veux, chère lectrice, nous a permis de nous retrouver à des moments importants de nos vies. Cocci me faisait remarquer l’autre jour qu’à chaque moment critique, nous avions trouvé le moyen de demander de l’aide à l’autre, et qu’elle avait trouvé le moyen, d’une manière ou d’une autre, d’y répondre.

Alors que nous réserve l’avenir ? Une part de moi reste très confiante sur notre capacité d’adaptation, même si la vie semble nous éloigner, dernièrement. Me voilà jeune maman, avec un travail stable et peu de perspectives de bouleversement pour les années qui viennent (hormis agrandir la famille : tout un programme !). De son côté, Cocci commence un nouveau poste, expatriée et loin de son fiancé, et, tout en espérant pouvoir rentrer le retrouver dans pas trop longtemps, je la sais déchirée entre l’épanouissement de sa vie professionnelle et l’idée de fonder à son tour une famille, d’ici quelques années.

Les questions se multiplient dans ma tête. Est-ce que le fait que nos enfants ne seront pas du tout du même âge les empêchera d’être proches ? Qu’est-ce qu’on fera s’ils ne s’entendent pas ? Est-ce qu’il est raisonnable de penser que nous pourrons continuer à nous voir régulièrement lorsque nous aurons toutes deux une famille ?

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Première rencontre entre Cocci & Poupette

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Retrouvailles un an après !

Et vous, est-ce que vous avez vu vos choix de vie vous éloigner de vos amis ? Comment avez-vous réagi ? Est-ce qu’on peut continuer à s’entraider et s’épanouir auprès de quelqu’un qui ne vit pas forcément la même chose que nous ?

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6 réflexions sur “Mon amie Cocci – Partie 2 : l’âge de raison

    • Merci Pititefleur !
      Et toi, comment tu vis l’éloignement avec ta meilleure amie ? J’avoue que je me posais plein de questions pas très drôles en rédigeant cet article : j’ai l’impression que l’on se trouve à un 2ème point de basculement, et j’ai peur pour la suite.

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  1. C’est à la fois difficile et facile. Quand je ne vais pas bien son absence est vraiment très dure à gérer. Et j’aimerais vraiment que l’on est plus souvent l’occasion de se voir et de se parler. Mais le décalage horaire et le manque de temps sont vraiment difficiles. Pourtant la dernière fois que l’on s’est vu s’était vraiment comme si on ne s’était pas quitté. J’aimerai l’avoir avec moi pour une grossesse ou pour voir ses enfants et nos enfants grandir.

    Aimé par 1 personne

    • C’est ça, au quotidien, quand tout roule, on ne remarque même pas forcément cette absence. Mais dès qu’on vit un événement majeur (ou elle), c’est difficile d’accepter de ne plus partager son quotidien.
      Elle avait pu venir pour ton mariage ? Elle habite où ?

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      • J’ai eu beaucoup de chance car à la base elle ne devait pas être là pour mon mariage. Ça me faisait de la peine mais c’était pour sa vie à elle donc je comprenais. Et puis elle a pu venir et donc on a bouclé notre trio !!! On a pu chacunes être témoins les unes des autres à nos mariages respectifs 🙂 Elle vit en Chine 😉

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  2. Pingback: Carnet de voyage : Mooswald | Miss Lune

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